La semaine dernière à Cholet, le Président de la République a tenu son discours des vœux aux forces vives. Ce discours m’a, par bien des aspects, profondément heurté. Je l’ai relu depuis, mais la distance que me donne cet exercice n’a pas amoindri ce sentiment ni les critiques que j’y porte.
La première partie du discours n’est qu’une entreprise d’autojustification et d’autosatisfaction sur toutes les mesures gouvernementales prises à différentes occasions. Il fait état du « volontarisme » présidentiel, le tout dans une grande cohérence idéologique : le llibéralisme pur et dur. Même s’il essaye de faire croire le contraire en assénant à différentes reprises que « ce n’est pas une affaire d’idéologie ». L’expérience m’a appris que lorsqu’on se justifie ainsi, c’est justement qu’il y a d’autres façons de faire et qu’au contraire c’est une pure démarche idéologique qu’on essaye de justifier.
Mais les choses se gâtent encore dans la suite du discours.
Ce qui m’a le plus choqué, c’est d’abord l’affirmation erronée que c’est la taxe professionnelle qui conduit les entreprises à se délocaliser. S’il est exact que la taxe professionnelle nécessitait certains ajustements, dire que c’est à cause de la taxe professionnelle que les entreprises délocalisent est à la fois inexact et scandaleux. Rares sont les entrepreneurs que j’ai rencontré, en France ou à l’étranger, qui m’ont parlé de taxe professionnelle. Ils m’ont parlé de l’existence d’infrastructures de communication, ils m’ont parlé de la qualité de l’outil de formation, il m’ont parlé de recherche, mais pas de taxe professionnelle. Peut être ne voyons nous pas les mêmes entrepreneurs. A la Région, ce sont essentiellement des PME et des entreprises industrielles, pas des grandes holdings à la recherche de profits spectaculaires après s’être bâtis sur les contrats publics.
Autre propos scandaleux, la formule « une usine cela se délocalise, une collectivité locale non », toujours pour justifier la suppression de la taxe professionnelle. Cela montre de la part du Président de la République un profond mépris à l’égard des collectivités locales. Alors que celles-ci sont en première ligne pour lutter contre la crise et œuvrer pour le développement économique.
Je note ensuite un amalgame tout aussi scandaleux mais habituel tenant à faire croire que les collectivités locale seraient à l’origine du déficit de l’Etat. Il indique en effet qu’il réunira fin janvier une conférence sur le déficit public « pour aborder ces sujets avec les représentants de l’Etat, de la sécurité sociale et des collectivités locales ». Or, les collectivités locales n’ont justement pas le droit au déficit et, de plus, elles ne peuvent payer leurs fonctionnaires avec l’emprunt, contrairement à l’Etat. L’emprunt des collectivités sert à construire des lycées, des routes, des voies de chemin de fer, des bâtiments pour les services publics. Les coûts de fonctionnement sont assurés sur le budget annuel. Si l’Etat pratique le surendettement pour lui, ce n’est pas le cas des collectivités, sauf rares exceptions.
Enfin, dernières inexactitudes lorsqu’il aborde la question de la réforme des collectivités territoriales. « Nous allons diminuer par deux le nombre d’élus », affirme le Président de la République. Lorsque l’on additionne les élus des cantons, au nombre de 203, et ceux du Conseil régional, 93, on obtient un total de 296, ce qui donne, divisé par deux, le nombre de 148. Les d’élus locaux sont environ 25 000 dans notre région … Si l’on en retire 148, on est loin de les avoir divisés par deux. Ce sont bien les Régions qu’on cherche à diminuer. Ce tour de passe passe ne convainc personne.
Et Nicolas Sarkozy d’ajouter « Est-ce que franchement on a besoin d’élus départementaux et d’élus régionaux qui s’ignorent ? » Dernière marque de mépris. Lorsque se cumulent ainsi les attaques contre la taxe professionnelles, les élus et ailleurs les fonctionnaires, cela fait beaucoup. On obtient là un texte très populiste, devant plaire aux acteurs économiques censés n’être pas particulièrement favorables aux fonctionnaires et à la fiscalité. En théorie. Car dans les faits, ces représentants des forces vives sont conscients du fait que les collectivités locales sont à leurs côtés et leur permettent de relever les nombreux défis qui se posent à eux.