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12.04.2007
Le contrat première chance vu de ma fenêtre
Proposition de Ségolène Royal, le Contrat Première Chance (CPC) s'adresse aux jeunes sortis tôt du système scolaire sans qualification : ce dispositif prévoit la prise en charge pendant un an, par les Régions, de la totalité des salaires et des charges d'un jeune embauché dans une entreprise artisanale et commerçante (moins de 10 salariés). Ce contrat aidé vise à embaucher 190 000 jeunes.
La convention sera signée pour une année et débutera par une période de trois mois, pendant laquelle le jeune se familiarisera avec son métier, un effort particulier étant mis sur la formation. Il ne s’agit pas d’une période d’essai. La convention laisse la possibilité à l’employeur de se séparer du jeune. En ce cas, il devra simplement rembourser les aides perçues pendant la période. Son référent, qui sera extérieur à l’entreprise, devra alors lui trouver une autre entreprise, pour ne pas le laisser sur le carreau. A l’issue des trois mois, le rapport précise que “l’entreprise passe avec le jeune ou bien un contrat d’apprentissage, ou bien un contrat de professionnalisation, ou bien un CDI“. Un contrat classique, donc, à la seule différence que la Région remboursera à l’employeur la totalité de la rémunération accordée au jeune, et ce pendant les neuf mois qui suivent la fin de la “phase transitoire“.
Curieusement, l'annonce de ce projet a provoqué un véritable tollé, avec entre autres la LCR qui dénonçait un "CPE new-look". Tout dans la nuance ! Pas le même public, ni de période probatoire, rien ne rapproche le CPE du CPC.
Les élus des Régions, qui s'occupent de formation et de développement économique savent deux choses : D'une part, trop de jeunes sortent sans qualification. La Région des Pays de la Loire en compte moins que d'autre, mais chaque jeune qui sort sans solution représente un échec pour les responsables politiques comme pour le monde de l'éducation et de la formation. D'autre part, les Très Petites entreprises (TPE) ont du mal à embaucher, alors que le besoin de former des jeunes se fait très fortement sentir, quelques années avant les départs à la retraite massifs de la génération du baby-boom.
L'emploi dans l'artisanat représente 1,7 millions de personnes en 2005 (source INSEE) dans les TPE. Il existe un gisement évident de travail à exploiter, d'autant plus qu'il faut sauvegarder les savoir-faire qui existent dans ces petites entreprises.
Une telle mesure demande certainement des garanties, et notamment qu'on prenne garde aux effets d'aubaine, mais les partenaires sociaux sont là pour y prêter attention. Il faut tout de même noter qu'une TPE n’a pas la même logique qu’une entreprise à dimension (inter)nationale : former un jeune dans une structure minuscule représente un investissement conséquent, donc il y a de fortes chances que le CPC débouche sur un contrat stable et durable.
La semaine passée, les finales nationales des Olympiades des métiers se sont tenues à Amiens, 47 jeunes des Pays de la Loire y ont participé, issu des lycées professionnels et des Centre de Formation d'Apprentis. 20 en ont ramené une médaille, dont 10 d'or. Ils représenteront la France en finale internationale à l'automne au Japon. La voie professionnelle peut donc aussi être une voie d'excellence. Les dispositifs de formation des jeunes et des salariés que financent les Régions sont à même de proposer à ces jeunes de parfaire leur formation et d'avoir un nouveau départ.
Pourquoi alors refuser d'aider des jeunes à revenir dans le monde du travail, et aider l'artisanat français à réussir la transmission des savoirs ? Par idéologie pure ? Certainement pas. Ségolène Royal a eu du courage en faisant sienne une telle proposition. Ce contrat sera non seulement utile aux jeunes comme aux entreprises, mais en plus efficace pour l'insertion comme pour l'économie. Je ne vois pas quel dogme devrait l'en empêcher.
19:35 Publié dans Education/Jeunesse, La Présidentielle, Le rôle des régions | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : présidentielle, Ségolène Royal, emploi, jeunes, régions




Commentaires
Ce point de vue est tout à fait intéressant et très juste, notamment en ce qui concerne la différence d'investissement (pas uniquement financier et en terme de formation, mais aussi humainement) dans l’intégration des jeunes embauchés dans l’entreprise entre une petite et une grande structure.
Mais le chiffre de 190 000 jeunes que vous avancez est, à mon sens, soit surévalué : si l’on considère que chaque année 16% des jeunes quittent le système scolaire avec que le brevet en poche, i.e. un diplôme ne correspondant à aucune qualification, on obtient environ 120 000. Soit il est sous évalué – ce qui est plus probable – puisque 3 ans après la sortie du système scolaire les jeunes sans qualif sont encore plus de 40% à connaître une situation de chômage : on dépasse donc allègrement les 190000 si on considère une classe d’âge entière.
Quoi qu’il en soit les populations les plus éloignées de l’emploi sont effectivement celles sur lesquelles il faut concentrer les moyens et pour lesquelles il faut imaginer des dispositifs innovants tel que celui proposé par S. Royal. Il faut rompre avec les ajustements à la marge des politiques de l’emploi de la droite qui consistent à laisser les chômeurs de longue durée dans des dispositifs stigmatisants, à se concentrer sur ceux qui sont les plus proches de l’emploi, et cela afin de faire briller les statistiques.
Il faudra en effet un certain courage politique pour oser se lancer dans un dispositif tel que le CPC. Il y a fort à parier qu’un certain nombre de jeunes non qualifiés, sachant qu’ils ne peuvent prétendre à l’assurance chômage, ne soient à l’heure actuelle pas inscrits sur les listes de l’Anpe. Si les dispositions du CPC sont de nature à limiter les effets d’aubaine pour les entreprises, il est probable qu’un effet d’appel amène un nombre conséquent de jeunes non qualifiés à s’inscrire à l’Anpe. La difficulté consistera alors à expliquer que ce n’est pas parce que les statistiques stagnent, que pour autant la situation ne s’améliore pas pour des milliers de jeunes.
Encore faut-il ne pas se tromper de vote le 22 avril. Et pour ceux qui considère encore que le CPC est un avatar du CPE : http://ecosociopo.blogspot.com/2007/04/cpc.html
Ecrit par : Pierre Maura | 13.04.2007
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Ecrit par : administration du blog | 15.04.2007
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