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22.06.2007

Pas de concertation, de la précipitation, tel est le bilan du gouvernement

Ces premières semaines du gouvernement de Nicolas Sarkozy ne laissent pas d'étonner les observateurs de la vie politique. Sur tous les dossiers qui nous touchent, le volontarisme affiché confine à l'obstination et au refus de la concertation. J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer longuement sur la carte scolaire ou l'autonomie des universités, ici même, dans un entretien à l'AEF ou dans des interviews dans la presse.
Le nouveau sujet de discorde avec l'Etat qui pointe à l'horizon est celui du service minimum dans les transports. Soyons clair : le constat que le usagers des transports publics sont dépendants de la qualité du service rendu et tributaires de leur bon exercice est partagé par tous. Mais les raccourcis assénés par le président et ses ministres sur les "usagers pris en otages" ne doivent pas faire oublier quelques grandes notions.
Tout d'abord, le service minimum, c'est de faire rouler les trains, mais c'est aussi de mettre des rails pour que ces trains roulent. Or l'Etat accuse un retard gigantesque sur le  réseau ferré, qu'il s'agisse
- de rénovation des lignes : ainsi, le Nantes Bordeaux est un véritable tortillard du fait de la faible qualité des voies et les voyageurs de la ligne de TGV Paris Nantes sont secoués à de maintes reprises pendant leur voyage, 
-de l'électrification des lignes : moins de 50 % des crédits sont engagés dans le contrat de plan 2000-2006, du fait des retards de paiement de l'Etat sur la ligne Nantes - La Roche sur Yon - Les Sables d'Olonne,
-ou même de réouvertures : Fontenay le Comte-Niort était prévue dans le contrat de plan qui s'est achevé, mais ce chantier n'a même pas été commencé.
Dans ces conditions, difficile d'accepter des leçons de bonne tenue de la part des artisans des retards sur le réseau ferré.
ce4790818cf1f65e4857da3d22b7898a.jpgEnsuite, il nous faudra savoir quelle est notre capacité à influer sur la SNCF. Chacun d'entre nous a entendu les communiqués qui annonçaient les trains supprimés : les TGV sont jusqu'à présents toujours privilégiés sur les trains régionaux. Difficile dans ces conditions d'assurer un service minimum.
Enfin, il existe des structures où ont été discutés des dispositifs de service minimum entre directions et organisations syndicales, et ça marche ! C'est le cas à la RATP où FO,CFDT, UNSA, CFDT, CFTC, CGC, Indépendants et même une partie de la CGT ont voté le dispositif. Cela va d'ailleurs dans le sens du discours du président de la République, puisqu'il demande que l'on vote une loi "obligeant le gouvernement à négocier avec les partenaires sociaux avant toute réforme portant sur les relations du travail, l’emploi, les retraites et la formation professionnelle". Laissons donc le dialogue social s'installer, au lieu de tenter un nouveau passage en force.
Dans la suite du service minimum, une proposition de l'UMP pose des problèmes plus graves
. Il est ainsi dit dans leur programme : "Rendre obligatoire un vote à bulletin secret sur la poursuite de la grève, dès lors que le mouvement social excède plus de huit jours.". A ma connaissance, le droit de grève est un droit collectif, mais aussi un droit individuel. Le fait qu'il y ait une majorité de grévistes  ou non ne peut conditionner le droit individuel de chacun de se mettre en grève, à moins de remettre en cause un acquis issu de l'histoire du mouvement ouvrier, du début du siècle à mai 68 en passant par le Conseil National de la Résistance. J'espère que les plus hautes juridictions de ce pays y seront sensibles quand viendra le moment où de tels sujets viendront à l'ordre du jour.

Commentaires

Qui a déjà vu un traffic ferroviaire complètement bloqué dans ce pays ces dix dernières années ? La SNCF, même en pleine grève de cheminots, fait rouler ses trains pour assurer son obligation de continuité du service. Et préviens les usagers au mois la veille pour le lendemain. Les habitués des transports ferroviaires le savent bien. Mais M. Sarkozy semblait l'ingnorer mercredi soir... étrange.

Je partage votre avis sur le vote à bulletin secret. D'ici à ce que la tyrannie de la majorité, que redoutait déjà Alexis de Tocqueville (et c'était pas vraiment un gauchiste), vienne saper les fondements du droit de grève... J'ai un espoir que ce texte finisse par être déclaré anticonstitutionnel (le droit de grève est dans la constitution depuis 1946).

Pour finir sur les trains, j'en ai une bonne : M. Fillon, bien connu dans notre région avant d'être Premier Sous-fifre, le jour de l'inauguration du TGV Est, a préféré prendre un avion privé pour faire Le Mans-Nancy et chopper le train en marche, plutôt que de partir de Paris. Le plus beau c'est qu'au sortir du TGV, avec un certain Alain Juppé qui avait fait la même chose depuis Bordeaux, il s'est non seulement félicité de la rapidité du parcours Paris-Strasbourg, mais surtout a vanté les mérites d'un moyen de transport respectant l'environnement... On aurait du lui poser la question des émissions de carbonne de son jet privé !!

Ecrit par : Pierre M | 23.06.2007

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