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03.10.2007

Pourquoi je signe la pétition de Charlie Hebdo contre les tests ADN

6796fa76e524cc72f7ca8d5a49815271.jpgDe quelque façon que l’on aborde le sujet, l’institution de test ADN dans le cadre du regroupement familial des étrangers en France est proprement abjecte.
Elle joue avec le feu de la sélection génétique, elle assimile immigré et délinquant, elle représente de fait une discrimination financière pour les candidats au regroupement.
J’ai passé quelques années hors de France dans ma vie et je continue à voyager beaucoup, notamment à l’occasion de missions de coopérations économiques, scientifiques, culturelles. Bien au-delà du combat politique, je ne peux m’empêcher de penser à mes interlocuteurs ou à mes amis sur les autres continents et à l’image de la France que ce type de disposition renvoie en dehors de nos frontières.
Après le discours africain du président de la République, si dévastateur, après l’instrumentalisation à des fins intérieures de nombre de grands sujets internationaux, nous franchissons une nouvelle étape avec ces tests ADN. Celle qui conduit à faire de la France un pays à « l’esprit tout fermé », là où je défends au contraire, une vision de la société à « l’esprit grand ouvert ».
Je m’oppose donc avec force à cet amendement, présentée par la frange la plus extrémiste de l’UMP mais reprise de bonne grâce par le gouvernement. Tous les assouplissements possibles ne sauront redonner dignité à une mesure aussi contestable d’un point de vue éthique.
Voila pourquoi j'ai signé la pétition de Charlie Hebdo.

Commentaires

Mardi prochain, les députés se prononceront sur le texte définitif du projet de loi sur la maîtrise de l’immigration dans lequel figure, notamment, l’amendement déposé par le député UMP Th.Mariani autorisant la possibilité d’une vérification génétique de la filiation pour les immigrés, amendement que les sénateurs ont modifié, éducoré mais qui n’est pas annulé.
Cet amendement fait couler beaucoup d’encre et comme Jacques Auxiette, nous sommes nombreux à avoir signé la pétition lancée par Charlie Hebdo.
Comment défendre, en effet, l’idée d’un fondement du lien familial à humanité variable : l’amour, l’éducation, l’histoire commune pour les Français ; les gènes pour les immigrés, stigmatisés une nouvelle fois par le soupçon d’intention frauduleuse dans leur volonté de faire venir leurs enfants auprès d’eux, dans le pays où ils vivent et travaillent régulièrement ?
Considérons-nous en France que des parents adoptifs ou bien élevant les enfants de leur conjoint ou bien encore ayant bénéficié d’une assistance médicale à la procréation ne sont pas de véritables parents malgré l’impossibilité où ils sont de prouver biologiquement ce lien pourtant familial ?
Les immigrés seraient-ils si différents de nous que nous pourrions lire dans leur patrimoine génétique ce qui, pour nous, n’y figure pas ?
Le Président de la République a dit ne pas être choqué par ce texte mais il faut dire que, pour lui, le patrimoine génétique peut livrer bien des secrets : les tendances suicidaires comme la pédophilie alors pourquoi pas le fondement de la filiation ?
Les voix de nombreux généticiens se sont élevées pour refuser cette utilisation idéologique de la génétique : vouloir lire dans les gènes l’amour familial ou la mélancolie est aussi pertinent scientifiquement que de vouloir lire l’avenir dans une boule de cristal. C’est, par contre, politiquement signifiant !
Que de préjugés véhiculés, de principes essentiels foulés aux pieds pour, nous dit-on, rendre plus « simple » l’apport d’une « preuve » dont nous refuserions, avec raison, pour nous la pertinence.
Face à la gravité d’une telle orientation, chaque citoyen est en droit de connaître le vote et les motivations de ceux qui le représentent et de les interpeller sur les principes humanistes qui seraient remis en question par un tel acte législatif… J’ai écrit en ce sens au député de ma circonscription et je vous encourage à faire de même.

Martine Chantecaille

Ecrit par : Martine Chantecaille | 18.10.2007

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