08.07.2007
L' "ouverture" est un plat de lentilles
Sans doute est-ce l'effet de 30 ans de combat politique en Vendée, mais je n'ai jamais pensé que la gauche et la droite étaient semblables. Nous nous accordons sur un socle de valeurs républicaines, la liberté, l'égalité, la fraternité (quoi que nous ne mettions pas toujours les mêmes choses derrière ces mots), nous pouvons nous retrouver sur des projets, tant localement que nationalement, nous pouvons même avoir des accords objectifs et passer des contrats sur des buts communs, mais nos convictions sont opposées sur de trop nombreux points pour que nous puissions nous fondre dans un seul et même ventre mou politique dont ne ressortirait à mon sens rien de bon. Le fantasme du bon gestionnaire indépendamment des convictions qui l'animent est un leurre absolu.
En l'espèce, la droite au pouvoir suite à l'élection de Nicolas Sarkozy est très à droite. Contrat de Travail Unique, paquet fiscal, suppression de la carte scolaire, il est difficile de se méprendre. Nul besoin même de remonter jusqu'à l'épisode du Kärcher pour savoir que le dialogue est très difficile. De plus, François Fillon, pendant la campagne, a attaqué la gauche avec des formules d'une violence inouïe. Le malentendu n'est pas possible sur leurs convictions.
Tout comme Jean-Pierre Raffarin présentait son ministre de l'éducation Luc Ferry comme une "prise à l'ennemi", Nicolas Sarkozy cherche aujourd'hui à débaucher des socialistes uniquement pour jeter le trouble dans le principal parti d'opposition à son gouvernement. Pour en avoir discuté directement avec des personnes qui ont été approchées, cela m'est apparu très vite comme évident. Les dernières déclarations du Président de la République dans le Journal du Dimanche, autour de Dominique Strauss-Kahn ou de Jack Lang en font apparaître la preuve éclatante. Loin de moi l'idée que Dominique Strauss-Kahn ne ferait pas un bon directeur général du FMI, ou que Jack Lang n'aurait rien à apporter sur le fonctionnement des institutions, lui qui est un éminent juriste, mais les raisons de la sollicitation inattendue de Nicolas Sarkozy les rendent difficilement admissibles pour un socialiste. Dans le cas du second au moins (pour DSK, les choses sont différentes, il s'agit d'une instance internationale et sa candidature ne peut pas être regardée uniquement à travers le prisme du soutien présidentiel. A ce propos, François Hollande a exprimé dans Libération les choses de façon claire), je ne comprendrais pas facilement qu'il accepte les propositions de Nicolas Sarkozy, qui ne sont qu'aventure individuelle.
Au nom de l'histoire de la gauche, de la conviction collective qui nous anime au service du progrès social, et en l'absence d'un cadre clair et défini de concert entre majorité et opposition, il ne me semble en effet pas possible de céder aux offres d' "ouverture" de la droite au pouvoir sans renier nos convictions. Les plus fragiles, les plus ambitieux peuvent en avoir envie, mais les gens qui incarnent ce que la gauche a produit de mieux depuis 1981 doivent mesurer le mal qu'ils font à leur famille en acceptant de nourrir la confusion générale de ce début de quinquennat.
Face à Sarkozy recherchant les socialistes prêts à céder au plat de lentilles de l' "ouverture", il faut savoir accepter le sort difficile de l'opposant : s'inscrire dans l'histoire collective et préparer l'alternance.
21:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, Sarkozy, Lang, DSK, ouverture, Parti Socialiste



