26.01.2008
Malaise dans la civilisation
Le Monde, dans son édition daté du vendredi 25 janvier, donne une carte blanche à Regis Debray. Son propos concerne le discours de Latran de Nicolas Sarkozy. Il a appelé son papier "Malaise dans la civilisation", comme l'ouvrage de Freud. Beaucoup de choses ont été écrites, notamment sur Internet à propos de ce discours improbable. Nombre des rédacteurs de ces billets ont été choqués comme moi par la phrase qui semble résumer la pensée présidentielle : "Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur". Mais ils en ont le plus souvent tronqué la fin, pourtant bien plus grave à mon sens : "parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.".
C'est pourquoi la lecture de Régis Debray m'a apporté une grande satisfaction puisque, comme moi, c'est surtout la justification de cette hiérarchie odieuse qui soulève son mécontentement. Lors de la cérémonie des voeux de la Région, lundi dernier, devant les responsables de l'Etat et des collectivités locales de la région, j'y opposais ma vision de la République : "Pour notre part, dans le respect des convictions de chacun, nous pensons être des acteurs publics dont l’engagement est porté par des valeurs, une morale et même une espérance tout aussi forte et respectable, celle contenue en une République indivisible, laïque, démocratique, sociale et dont l’organisation doit être décentralisée.". Régis Debray, lui, en appelle à de grands républicains : "Qu'en auraient pensé, devant le peloton d'exécution, Jean Cavaillès, Marc Bloch, Jean Prévost, Léo Lagrange ? Ils avaient assez de foi en eux pour hausser les épaules.".
J'ai bien compris que dans les premiers mois qui suivent une élection présidentielle, l'opposition est inaudible. Cette fois-ci plus que les autres fois, le travail est difficile. Je sais notamment que le travail que fournissent nos parlementaires, conduits par Jean-Marc Ayrault à l'Assemblée Nationale et par Jean-Pierre Bel au Sénat, est très important et que le peu d'écho qui leur est fait est injuste. Mais il n'est pas possible que face à de telles remises en cause du pacte républicain, nous n'ayons pas d'expression forte. Comme le dit Régis Debray, de façon certainement trop brutale : "du temps où il y avait une gauche en France, cette injure - dans la bouche d'un président de la République - eût mis un million de citoyens sur le pavé".
Et parmi ceux là, des chrétiens, de gauche ou non d'ailleurs, qui ne peuvent pas laisser faire ce retour en arrière, laisser cette vision sacrificielle s'exprimer sans y répondre. Militant laïque depuis toujours, je défends le droit à une spiritualité et en ai même fait le coeur du projet de Fontevraud, comme je l'expliquais ici même. Mais cette vision de la religiosité heurte profondément mon éthique, comme elle doit le faire pour beaucoup d'entre nous. Nous ne pouvons laisser dire cela par le plus haut personnage de l'Etat sans réagir.
10:55 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Latran, République, Régis Debray, Laïcité



