06.06.2008
Une nouvelle interpellation du chef de l'Etat sur l'école
Nicolas Sarkozy est donc venu parler éducation hier à Saumur. je l'ai appris par la presse, et c'est donc tout naturellement que je lui ai fait savoir mon point de vue sur la question par la même voie. J'ai donc publié le billet ci-dessous dans Ouest-France, hier et aujourd'hui selon les éditions départementales. La régression en matière d'éducation est aujourd'hui la règle au sommet de l'Etat. La communauté éducative est sans voix devant les modification qu'on opère sans lui demander son avis. On a entendu parler des IUFM, ou de la fin des filières au lycée, mais savez-vous qu'aujourd'hui la loi permet de remettre en cause la mixité ? Non pas la mixité sociale, que l'abandon de la carte scolaire programme, mais bien la mixité entre garçons et filles. Une loi, votée le 15 mai, le permet dorénavant. On attend le retour de la blouse et des coups de règles. Je vous laisse découvrir cette tribune, et vous rappelle l'existence de la lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, que j'avais rédigée en réaction à sa lettre aux éducateurs à la rentrée :
Réforme de l’Education : faire avec tous, ou faire pour rien
Je m’étais adressé au Président de la République à la suite de sa lettre aux éducateurs en septembre dernier. Entre autres choses, je lui disais combien il était nécessaire, pour réformer l’Education Nationale, d’associer l’ensemble des acteurs de la communauté éducative : parents, enseignants, mais également les jeunes eux-mêmes, le monde associatif ou encore les représentants des collectivités locales. En effet, les communes, les départements ou les régions contribuent à nourrir les projets éducatifs et financent bâtiments, équipements et dotations aux élèves, sans oublier l’intervention quotidienne de centaines de milliers de leurs agents qui travaillent dans les établissements. Difficile de faire sans elles, donc. La preuve en est : ce sont elles qu’on vient chercher sans leur avoir demandé leur avis pour assurer le service minimum dans les établissements !
Aujourd’hui, nous avons toutes les raisons d’être inquiets pour le devenir de l’école. Chaque jour, je suis interpellé par des habitants des Pays de la Loire sur des fermetures de classes, des suppressions de poste, l’abandon de la carte scolaire et par voie de conséquence de toute mixité sociale, et depuis hier sur une réforme du baccalauréat et du lycée imposée à l’ensemble des acteurs.
J’ai bien compris que Nicolas Sarkozy était contre la participation citoyenne. Pendant la campagne électorale de 2007, il avait qualifié la démocratie participative de « forme ultime de la démagogie ». Pour autant, il ne faut pas espérer mener une réforme d’une institution qui emploie 1.100.000 personnes et accueille 15.000.000 de jeunes sans associer leurs représentants à la démarche. Le plus beau projet de loi, le plus brillant décret, la plus fameuse circulaire, écrits sans concertation, rejoindront les tombereaux de textes de lois incompris qui n’ont jamais été appliqués.
Il faut cesser, comme se plaît à le faire ce gouvernement, de stigmatiser et de caricaturer les acteurs du monde éducatif. Je peux mesurer chaque jour leur volonté de faire évoluer l’Education Nationale en prenant pleinement leurs responsabilités. Dans les lycées des Pays de la Loire, nous avons ainsi pu conduire ensemble de nombreux projets en associant tout le monde, des rénovations des établissements aux actions éducatives en passant par la mise à disposition gratuite des livres scolaires.
En ce jour de déplacement présidentiel dans une école et un collège de Saumur, je veux donc lui transmettre ce message : Pour réussir vos réformes, faites les avec tous, ou faites les pour rien.
19:00 Publié dans Education/Jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : education, nicolas sarkozy, lycée
31.05.2008
De la qualité du débat politique dans notre région
La publication la même semaine de ma lettre ouverte au Président de la République sur la situation industrielle et du misérable livre noir de l'UMP sur les exécutifs régionaux nourrit ma réflexion sur le rapport gauche droite dans notre Région.D'un côté, je publie un courrier, que vous pouvez lire ci-contre ou ici, qui met le chef de l'Etat en face de ses responsabilités, c'est à dire en l'espèce le maintien d'une activité industrielle en France, et il s'agit là d'entreprises industrielles qui innovent, qui réussissent et dont les carnets de commande sont pleins. Auparavant, j'avais déjà attiré l'attention des pouvoirs pu blics, j'avais été reçu en même temps que les représentants des villes de Nantes, de Saint-Nazaire et du département de Loire-Atlantique en janvier dernier. auparavant Yannick Vaugrenard, 1° vice-président de la Région et député européen, avait déjà attiré l'attention du Président de la République. Plusieurs mois après, ne voyant rien venir, il nous a semblé indispensable de soulever la question publiquement, une nouvelle fois, et démontrer qu'il existe encore des responsables qui croient en la nécessité d'une véritable politique industrielle.
De l'autre, l'UMP publie un pamphlet imbécile et populiste, qui falsifie des chiffres, enfile les mensonges (mais franchement, qui va croire un instant que la mise en oeuvre du Technocampus, liée à l'arrivée de grandes machines industrielles en 2008, et mis en oeuvre autour d'un pôle de compétitivité qui s'est structuré en 2006 aurait pu être créé par la droite régionale avant 2004 ?) et fait appel aux statistiques les plus tordues pour tenter de démontrer ce que tout le monde sait faux : nous gérerions mal, nous qui avons la plus petite augmentation des charges de fonctionnement, et la plus grande en investissements pour notre territoire. Un rapide tour auprès de mes collègues me démontre qu'il en est de même un peu partout, même lorsque les chefs de file de l'opposition sont membres du gouvernement, comme en Auvergne ou à Paris (respectivement Brice Hortefeux et Roger Karoutchi). Ils seraient mieux inspirés de s'occuper un peu de la France, et de l'état dans laquelle ils l'ont mise, et pas seulement d'une modification du mode de scrutin des régionales plus favorable à la droite.
D'un côté nous nous occupons des besoins des Pays de la Loire, de l'autre ils pratiquent la politique de caniveau. Décidemment, la droite de l'ouest, censée être incarnée par Jean-Luc Harousseau qui se définit lui-même comme humaniste mais préside pourtant un groupe commun avec le MPF de Philippe de Villiers, est tombée bien bas. Fallait-il réagir et rentrer dans ce jeu au ras des pâquerettes. J'évite de le faire au quotidien. En l'espèce, la ficelle était trop grosse, et trop tordue. C'est ce qui m'a fait parler d'Union des Menteurs Professionnels.
17:32 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : politique industrielle, aker yards, nicolas sarkozy, ump
09.05.2008
La fin d'une politique industrielle nationale
L'anniversaire des un an de pouvoir du Président de la République coïncident en Pays de la Loire avec deux évènements industriels particulièrement importants. Les chantiers navals Aker à Saint-Nazaire vont être vendu à des investisseurs coréens, ce qui nous fait craindre des transferts de technologie, et Airbus ne se dépêtre pas de sa situation. Le plan Power 8, qui fait suite à des difficultés dans la chaine de montage de l'A380, souffre d'un manque de capacité de capitalisation de l'industrie aéronautique. Dans les deux cas, il ne s'agit pas d'activités industrielles finissantes. Au contraire, les débouchés sont importants et les projets puissants : il s'agit bien là de deux fleurons de notre industrie nationale.
Alors pourquoi ces turbulences ? Pour une raison simple : la France n'a aucune politique industrielle. Est- ce pour des raisons idéologiques, au nom du libéralisme pur et dur ? Il est difficile de se baser sur les déclarations présidentielles pour le dire. Certaines confortent ce point de vue, d'autres, au moins aussi nombreuses, clament au contraire un volontarisme qu'on est bien en peine de mesurer dans les actes. Une conséquence du double discours, là comme ailleurs, est que personne ne sait à quoi se raccrocher.
Mon sentiment est qu'on peut parler tout simplement d'impuissance gouvernementale. Le pouvoir, face aux enjeux industriels et aux transferts internationaux de capitaux, ressemble à un lapin aveuglé au milieu de la route par des phares qui viennent à grande vitesse vers lui. Pour Aker, des solution existent pourtant : que le gouvernement mette en application le décret de 2005 qui permet à l’Etat de conserver le contrôle des activités stratégiques, il en a pleinement la possibilité. Pour Airbus également : il faut mobiliser des fonds importants pouraider aux mutations.
Depuis plusieurs mois, je cherche des interlocuteurs pour imaginer de nouvelles solutions, autour de cette question du financement. Mobiliser l'emprunt populaire, imaginer de nouveux mécanismes, créer des établissements spécifiques, il existe certainement des solutions. La Région a commandé une étude sur cette question des nouveaux besoins de capitalisation industrielle. Une chose est sûre : nous ne pouvons pas laisser des industries de pointe se déliter en sachant les conséquences sociales, mais également stratégiques, qui sont au bout d'un tel processus. Depuis 2004, j'ai découvert les formidable savoir-faire, l'envie d'innover, les capacités à travailler ensemble des industriels régionaux. La Région les accompagne dans leurs projets, notamment au coeur des pôles de compétitivité. Cette intelligence doit perdurer.
J'ai lu que François Fillon annonçait, en bilan anniversaire, que la moitié des promesses de Nicolas Sarkozy étaient en cours de réalisation. Il y en avait 550 (et non 490 comme l'indique le premier ministre), cela mérite certainement qu'on s'y intéresse un peu. Une chose est sûre en tout cas, dans le premier chapitre du programme de l'UMP, "protéger et agir dans la mondialisation", une n'est pas tenue : "Développer, notamment avec l’Allemagne, une politique industrielle volontariste."
22:38 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : airbus, aker, nicolas sarkozy
10.09.2007
Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy
En cette période de rentrée scolaire, je visite traditionnellement les lycées, comme je l'indiquai dans ma note de lundi dernier. Une fois cette tournée terminée, je pense d'ailleurs faire un point ici même sur ce que j'en aurais retenu. Elle se termine demain, dans un lycée de l'agglomération nantaise, la Herdrie à Basse Goulaine. Rendez-vous d'ici peu donc.
La lettre aux éducateurs de Nicolas Sarkozy est sortie pendant une de mes visites, et j'ai eu l'occasion de recueillir les premiers sentiments des intéressés en direct. Une partie des réactions était dans la droite ligne du courrier publié ce jour par Libération, par une enseignante du Nord, Isabelle Develter (que je vous encourage à lire). De nombreuses autres questions m'ont également été posées, très ancrées dans le quotidien des enseignants : le collège unique, le socle commun des connaissances, etc. Quant à moi, mon expérience d'enseignant puis de proviseur, de maire puis de président de Conseil régional m'a poussé à répondre au Président de la République. Cela a donné ce texte, dont des extraits sont publiés dans Libé d'aujourd'hui, et l'intégralité par Ouest-France du même jour.
J'aurai pu être plus long, insister sur l'empreinte proprement réactionnaire et parfois passéiste - un de mes proches m'a dit qu'à sa lecture, il avait eu parfois l'impression de lire du vieux français - de certains points de la lettre, ou argumenter sur les points de rupture forts, la hausse de la brutalité d'une partie des jeunes ou la baisse du niveau présentés comme des phénomènes actuels, alors que des études récentes ou plus anciennes dénient parfaitement ces poncifs (ainsi, sur l'élévation du niveau de connaissance, Eric Maurin a sorti le surlendemain de la lettre du Président de la République un livre, "La nouvelle question scolaire", qui démontre entre autres l'effet bénéfique du collège unique sur le niveau général).
J'ai choisi d'être assez court et d'aller à l'essentiel : même si l'on peut noter dans son discours un progrès indéniable vis à vis de ce qui avait pu se faire sous le gouvernement précédent, cette lettre est en dehors de la réalité. Réalité éducative : on ne peut parler d'éducation sans prendre en considération l'ensemble des acteurs, dont les personnels non enseignants et les collectivités locales, ni la disparité des parcours et des filières. Mais surtout réalité sociale : désinscrire entièrement la réussite éducative de son environnement social fait courir le risque de passer complètement à côté des enjeux de la société actuelle, en plus de continuer à creuser les inégalités.
15:15 Publié dans Education/Jeunesse, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Lettre ouverte, éducateurs, Nicolas Sarkozy, école
05.09.2007
Les 100 premiers jours de Nicolas Sarkozy
Le Monde de ce soir titre sur des perspectives de forte baisse de la croissance française. L'OCDE contredit donc les prévisions de Bercy. Christine Lagarde comme Eric Woerth, les deux ministres en charges des comptes de la Nation, ont pourtant répété partout ces derniers jours que la crise financière américaine n'aurait pas d'incidence sur la croissance française. Un peu comme le nuage de Tchernobyl s'était arrêté sur la ligne bleue des Vosges et n'était pas passé au dessus de la France en 1986 !
Par ailleurs, nous notons cette semaine le premier reniement important du gouvernement : alors que le programme de l'UMP aux législatives s'engageait pour "Développer le fret ferroviaire", l'activité fret sera stoppée dans 262 gares en France à compter du 30 novembre, dont plusieurs en Pays de la Loire. Voilà un sujet qu'on pourra aborder au "Grenelle de l'environnement", en même temps que les autorisations données récemment pour les cultures OGM en plein champ !
Au delà de ces choix contestables, c'est surtout l'idéologie sous-jacente qui fait problème. Les cadeaux fiscaux aux 1% des Français les plus fortunés en sont un bon exemple, mais surtout on sent une fascination pour les Etats-Unis et un certain capitalisme triomphant complètement à contretemps. Alors que se redéfinissent de nouveaux rapports de forces sous nos yeux, le Président de la République est bloqué sur les années Reagan. Pourtant, la mondialisation, à l'évidence, ne se fait plus de l’occident vers le reste du monde, mais bel et bien depuis l’Orient, et en particulier depuis la Chine, pays qui commence à être en mesure d’imposer certaines de ses vues. Fait exprès ? La crise financière de cet été a ébranlé un modèle américain qui doute désormais franchement de lui et de la forme de mondialisation qu’elle a imposée au monde. Cela est tellement vrai, que le seul pays d’Amérique du Sud à s’être dollarisé (l’Équateur) voit désormais ses banques proposer des comptes d’épargne en Euros à ses clients… Pour se rassurer, les Républicains Américains, qui ne croient pas en leur possibilité de gagner la prochaine présidentielle ont fait de Nicolas Sarkozy leur héros. Mais il n'y a pas de raison de sombrer avec les vestiges d'un système de valeurs qui a aujourd'hui trouvé plus fort - parfois plus cynique - que lui.
Le mur de la réalité est en train de se dresser devant la droite au pouvoir. Saura-t-elle enlever ses œillères et s'atteler à la tâche, ou préférera-t-elle continuer de surfer sur l'air du temps et les déferlantes médiatiques ?
Cela ne doit pas nous empêcher de prendre le temps, nous la gauche de gouvernement, de travailler à définir les contours d'un modèle de développement durable, où le progrès social sera la condition et l'objectif du développement économique en utilisant le plus rationnellement les ressources naturelles. La meilleure façon de combattre un projet rétrograde, c'est encore d'y opposer un projet progressiste !
22:34 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : rentrée politique, Nicolas Sarkozy



