09.05.2008
La fin d'une politique industrielle nationale
L'anniversaire des un an de pouvoir du Président de la République coïncident en Pays de la Loire avec deux évènements industriels particulièrement importants. Les chantiers navals Aker à Saint-Nazaire vont être vendu à des investisseurs coréens, ce qui nous fait craindre des transferts de technologie, et Airbus ne se dépêtre pas de sa situation. Le plan Power 8, qui fait suite à des difficultés dans la chaine de montage de l'A380, souffre d'un manque de capacité de capitalisation de l'industrie aéronautique. Dans les deux cas, il ne s'agit pas d'activités industrielles finissantes. Au contraire, les débouchés sont importants et les projets puissants : il s'agit bien là de deux fleurons de notre industrie nationale.
Alors pourquoi ces turbulences ? Pour une raison simple : la France n'a aucune politique industrielle. Est- ce pour des raisons idéologiques, au nom du libéralisme pur et dur ? Il est difficile de se baser sur les déclarations présidentielles pour le dire. Certaines confortent ce point de vue, d'autres, au moins aussi nombreuses, clament au contraire un volontarisme qu'on est bien en peine de mesurer dans les actes. Une conséquence du double discours, là comme ailleurs, est que personne ne sait à quoi se raccrocher.
Mon sentiment est qu'on peut parler tout simplement d'impuissance gouvernementale. Le pouvoir, face aux enjeux industriels et aux transferts internationaux de capitaux, ressemble à un lapin aveuglé au milieu de la route par des phares qui viennent à grande vitesse vers lui. Pour Aker, des solution existent pourtant : que le gouvernement mette en application le décret de 2005 qui permet à l’Etat de conserver le contrôle des activités stratégiques, il en a pleinement la possibilité. Pour Airbus également : il faut mobiliser des fonds importants pouraider aux mutations.
Depuis plusieurs mois, je cherche des interlocuteurs pour imaginer de nouvelles solutions, autour de cette question du financement. Mobiliser l'emprunt populaire, imaginer de nouveux mécanismes, créer des établissements spécifiques, il existe certainement des solutions. La Région a commandé une étude sur cette question des nouveaux besoins de capitalisation industrielle. Une chose est sûre : nous ne pouvons pas laisser des industries de pointe se déliter en sachant les conséquences sociales, mais également stratégiques, qui sont au bout d'un tel processus. Depuis 2004, j'ai découvert les formidable savoir-faire, l'envie d'innover, les capacités à travailler ensemble des industriels régionaux. La Région les accompagne dans leurs projets, notamment au coeur des pôles de compétitivité. Cette intelligence doit perdurer.
J'ai lu que François Fillon annonçait, en bilan anniversaire, que la moitié des promesses de Nicolas Sarkozy étaient en cours de réalisation. Il y en avait 550 (et non 490 comme l'indique le premier ministre), cela mérite certainement qu'on s'y intéresse un peu. Une chose est sûre en tout cas, dans le premier chapitre du programme de l'UMP, "protéger et agir dans la mondialisation", une n'est pas tenue : "Développer, notamment avec l’Allemagne, une politique industrielle volontariste."
22:38 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : airbus, aker, nicolas sarkozy
10.09.2007
Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy
En cette période de rentrée scolaire, je visite traditionnellement les lycées, comme je l'indiquai dans ma note de lundi dernier. Une fois cette tournée terminée, je pense d'ailleurs faire un point ici même sur ce que j'en aurais retenu. Elle se termine demain, dans un lycée de l'agglomération nantaise, la Herdrie à Basse Goulaine. Rendez-vous d'ici peu donc.
La lettre aux éducateurs de Nicolas Sarkozy est sortie pendant une de mes visites, et j'ai eu l'occasion de recueillir les premiers sentiments des intéressés en direct. Une partie des réactions était dans la droite ligne du courrier publié ce jour par Libération, par une enseignante du Nord, Isabelle Develter (que je vous encourage à lire). De nombreuses autres questions m'ont également été posées, très ancrées dans le quotidien des enseignants : le collège unique, le socle commun des connaissances, etc. Quant à moi, mon expérience d'enseignant puis de proviseur, de maire puis de président de Conseil régional m'a poussé à répondre au Président de la République. Cela a donné ce texte, dont des extraits sont publiés dans Libé d'aujourd'hui, et l'intégralité par Ouest-France du même jour.
J'aurai pu être plus long, insister sur l'empreinte proprement réactionnaire et parfois passéiste - un de mes proches m'a dit qu'à sa lecture, il avait eu parfois l'impression de lire du vieux français - de certains points de la lettre, ou argumenter sur les points de rupture forts, la hausse de la brutalité d'une partie des jeunes ou la baisse du niveau présentés comme des phénomènes actuels, alors que des études récentes ou plus anciennes dénient parfaitement ces poncifs (ainsi, sur l'élévation du niveau de connaissance, Eric Maurin a sorti le surlendemain de la lettre du Président de la République un livre, "La nouvelle question scolaire", qui démontre entre autres l'effet bénéfique du collège unique sur le niveau général).
J'ai choisi d'être assez court et d'aller à l'essentiel : même si l'on peut noter dans son discours un progrès indéniable vis à vis de ce qui avait pu se faire sous le gouvernement précédent, cette lettre est en dehors de la réalité. Réalité éducative : on ne peut parler d'éducation sans prendre en considération l'ensemble des acteurs, dont les personnels non enseignants et les collectivités locales, ni la disparité des parcours et des filières. Mais surtout réalité sociale : désinscrire entièrement la réussite éducative de son environnement social fait courir le risque de passer complètement à côté des enjeux de la société actuelle, en plus de continuer à creuser les inégalités.
15:15 Publié dans Education/Jeunesse, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Lettre ouverte, éducateurs, Nicolas Sarkozy, école
05.09.2007
Les 100 premiers jours de Nicolas Sarkozy
Le Monde de ce soir titre sur des perspectives de forte baisse de la croissance française. L'OCDE contredit donc les prévisions de Bercy. Christine Lagarde comme Eric Woerth, les deux ministres en charges des comptes de la Nation, ont pourtant répété partout ces derniers jours que la crise financière américaine n'aurait pas d'incidence sur la croissance française. Un peu comme le nuage de Tchernobyl s'était arrêté sur la ligne bleue des Vosges et n'était pas passé au dessus de la France en 1986 !
Par ailleurs, nous notons cette semaine le premier reniement important du gouvernement : alors que le programme de l'UMP aux législatives s'engageait pour "Développer le fret ferroviaire", l'activité fret sera stoppée dans 262 gares en France à compter du 30 novembre, dont plusieurs en Pays de la Loire. Voilà un sujet qu'on pourra aborder au "Grenelle de l'environnement", en même temps que les autorisations données récemment pour les cultures OGM en plein champ !
Au delà de ces choix contestables, c'est surtout l'idéologie sous-jacente qui fait problème. Les cadeaux fiscaux aux 1% des Français les plus fortunés en sont un bon exemple, mais surtout on sent une fascination pour les Etats-Unis et un certain capitalisme triomphant complètement à contretemps. Alors que se redéfinissent de nouveaux rapports de forces sous nos yeux, le Président de la République est bloqué sur les années Reagan. Pourtant, la mondialisation, à l'évidence, ne se fait plus de l’occident vers le reste du monde, mais bel et bien depuis l’Orient, et en particulier depuis la Chine, pays qui commence à être en mesure d’imposer certaines de ses vues. Fait exprès ? La crise financière de cet été a ébranlé un modèle américain qui doute désormais franchement de lui et de la forme de mondialisation qu’elle a imposée au monde. Cela est tellement vrai, que le seul pays d’Amérique du Sud à s’être dollarisé (l’Équateur) voit désormais ses banques proposer des comptes d’épargne en Euros à ses clients… Pour se rassurer, les Républicains Américains, qui ne croient pas en leur possibilité de gagner la prochaine présidentielle ont fait de Nicolas Sarkozy leur héros. Mais il n'y a pas de raison de sombrer avec les vestiges d'un système de valeurs qui a aujourd'hui trouvé plus fort - parfois plus cynique - que lui.
Le mur de la réalité est en train de se dresser devant la droite au pouvoir. Saura-t-elle enlever ses œillères et s'atteler à la tâche, ou préférera-t-elle continuer de surfer sur l'air du temps et les déferlantes médiatiques ?
Cela ne doit pas nous empêcher de prendre le temps, nous la gauche de gouvernement, de travailler à définir les contours d'un modèle de développement durable, où le progrès social sera la condition et l'objectif du développement économique en utilisant le plus rationnellement les ressources naturelles. La meilleure façon de combattre un projet rétrograde, c'est encore d'y opposer un projet progressiste !
22:34 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : rentrée politique, Nicolas Sarkozy



