28.03.2008
"a titre personnel..."
François Fillon souhaite donc modifier le mode de scrutin des élections régionales "à titre personnel"... Est-ce-que le Premier Ministre, qui "dirige l'action du gouvernement" (art. 21 de la Constitution), gouvernement qui lui-même "détermine et conduit la politique de la Nation" et "dispose de l'administration et de la force armée" (art. 20 de la Constitution), peut avoir un avis personnel sur une réforme des institutions ? Certainement. Est-ce-que cet avis personnel peut être autre chose qu'une position politique du gouvernement, dès lors qu'il est rendu public ? je pense que non.
La proportionelle à un tour pour les élections régionales a déjà eu cours en France. En 1998, elle a conduit à des résultats désastreux pour la démocratie. Seules deux Régions avaient des exécutifs bénéficiant de majorité absolue : Limousin à gauche, et à l'époque Pays de la Loire à droite. Jean-Pierre Soisson en Bourgogne, Jacques Blanc en Languedoc Roussillon, Charles Baur en Picardie et Charles Millon en Rhône-Alpes avaient été élus présidents grâce aux voix des conseillers régionaux du Front National.
Les Régions étaient si ingouvernables que le gouvernement de Lionel Jospin avait dû mettre en place en toute urgence un dispositif qu'on a qualifié de "49-3 régional". Il permettait au président du Conseil régional de faire passer son budget, à moins qu'une motion de renvoi présentée par la majorité absolue des membres du Conseil régional ne soit adoptée.
Par contre, pour toutes les actions de gestion courante, il fallait trouver des majorités de circonstance, ou plutôt faire en sorte que ne se créent pas de majorités de circonstance contre le projet. Tel élu régionaliste en Rhône Alpes, tel élu chasseur en Poitou-Charentes, devenait alors le centre de tous les intérêts, et l'objet de tous les compromis, puisque sa voix permettait de faire adopter un projet ou non. Epuisant, contre-productif, anti-démocratique.
La proportionelle à un tour, ce sont donc des régions paralysées, lieux de toutes les combinazione, où on oublie de s'occuper de l'avenir pour se préoccuper uniquement de permettre le fonctionnement quotidien.
Oui, mais pour François Fillon, la proportionelle à un tour, c'est un bon souvenir "personnel". Quand il était président de la Région des Pays de la Loire, en gouvernant avec l'extrême droite villiériste dans son exécutif, avant que la liste de gauche que je menais ne le batte à la régulière en 2004. Et c'est l'espoir de peut-être faire obtenir à nouveau dans notre Région une majorité relative à la droite, si tant est que les positions du Mouvement pour la France sur l'immigration, sur l'intégration européenne ou encore en matière sécuritaire, pourraient ne pas effrayer certains centristes, et ne les empêchaient pas de rejoindre une coalition pour le moins hétéroclite, et que la gauche ne soit pas entièrement rassemblée en 2010. A mon sens, c'est pour cela qu'"à titre personnel" il est pour ce mode de scrutin.
Et si on arrivait en France à un équilibre des pouvoirs tel que l'exécutif national ne pourrait pas à chaque instant modifier les règles du jeu des élections, au gré des victoires et des défaites électorales ? Peut-être aurions nous là franchit un grand pas.
11:32 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : élection régionales, françois fillon, mode de scrutin



