29.02.2008

Une politique alimentaire commune ?

Quelques heures seulement après mon retour du Burundi, pays en pleine reconstruction et confronté aux défis de l’après-guerre, c’est sur la question de la Politique Agricole Commune et de son avenir qu’il m’a été donné l’occasion de réfléchir, d’échanger et de proposer.
Le contexte du Salon International de l’Agriculture était une occasion pour les régions et notamment les Régions de l’ouest de la France de présenter leur vision d’avenir de la PAC et du rôle des Régions, et de s’exprimer notamment sur l’urgence à définir et construire une Politique Alimentaire européenne capable de répondre aux défis démographiques, économiques, environnementaux et européens de demain.
Ces questions fondamentales, mais souvent présentées de façon complexes, s'expliquent facilement en quelques chiffres : sur les 52 milliards d’euros consacrés à la politique communautaire agricole, la France reçoit 10 milliards d’euros d’aides européennes, soit 20 % de l’enveloppe globale et on chiffre autour de 720 millions d’euros les sommes versées pour notre territoire ; pour sa part, l’Etat attribue un peu plus de 60 millions d’euros aux agriculteurs ligériens tandis que le budget régional pour l’agriculture dépasse juste les 20 millions d’euros.
720 millions, 60, 20. C’est dire le rôle et le poids de l’Europe dans le développement d’un secteur agroalimentaire qui doit nourrir la population et s’assurer de productions suffisantes et de qualité. Aussi, avec nos collègues des Régions Basse-Normandie, Bretagne et Poitou-Charentes, nous avons tenté d’analyser la situation de la PAC et de formuler des propositions qui tendent à l’affirmation forte du développement d’une Politique Alimentaire Commune où souveraineté et indépendance alimentaire seraient le socle d’une nouvelle politique régalienne « à l’échelle européenne », au même titre que ce que l’on connaît en France pour la justice ou la défense.

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Bien évidemment, il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain mais de donner davantage un nouveau souffle à une politique qui a été imaginée après-guerre et inspirée par Edgar Pisani. Cette dernière est devenue au fil des années opaque, centralisée avec des situations de rentes inacceptables et des tentatives de libéralisation et de dérégulations des marchés. A notre niveau, nous avons souhaité raisonner à partir de trois principes : définir une vision politique d’une politique alimentaire européenne qui s’appuie sur la diversité des productions et des modes de productions agricoles, conforter une enveloppe budgétaire européenne tout en proposant une régionalisation afin de consolider sur nos territoires les effets de cette politique communautaire et enfin, envisager les outils et les instruments de régulation qui doivent assurer la pérennité d’activités durables qui compte pour nos territoires de l’Ouest.
Cette contribution des 4 Régions est légitime parce que nous pouvons également agir au niveau de nos compétences (développement économique, aménagement du territoire et maîtrise foncière, éducation, formation, recherche, environnement). Elle suscite, me semble-t-il, un intérêt évident de la part des professionnels, des acteurs publics et des médias ; elle a vocation à participer aux débats nationaux et européens qui s’ouvrent et qui prendront toute leur dimension au cours de la Présidence française de l’Union européenne du second semestre 2008. C’est d’ores et déjà une première satisfaction pour cette contribution interrégionale que nous entendons présenter et défendre au-delà de nos territoires, et promouvoir à travers le continent européen dans les prochaines semaines.