15.02.2008
N. Sarkozy instrumentalise le devoir de mémoire
J'ai tenu à dire aujourd'hui combien j'ai été choqué par la décision de Nicolas Sarkozy de voir dès la rentrée 2009 chaque élève de CM2 parrainer un enfant victime de la Shoah.
Les collectivités – dont les régions – et les établissements scolaires en partenariat avec les associations et les fondations qui travaillent sur la commémoration de l’histoire de la Shoah n’ont pas attendu N. Sarkozy pour inciter les jeunes à participer au devoir de mémoire.
Le projet pédagogique construit entre la Région des pays de la Loire, le Rectorat de l’Académie de Nantes, le Mémorial du Martyr Juif inconnu à Paris permet à près de 300 jeunes ligériens de visiter chaque année le camp d’extermination d’Auschwitz en Pologne, accompagnés de témoins rescapés des camps de concentration. 300 jeunes qui témoignent ensuite auprès de leurs camarades. Les communautés éducatives des lycées de la région sont particulièrement engagées et mobilisées dans ces actions qui se déroulent sur plusieurs mois et qui concernent plusieurs milliers de jeunes. Je vous conseille de voir la vidéo ici.
L’objectif dans ce type d'action n’est pas d’utiliser l’histoire, ni de créer « une idée mortifère » comme l'a rappelé ce matin Régis Debray, président d’honneur de l’institut européen des sciences des religions. Ce n’est pas non plus d’initier une histoire communautaire dans laquelle des catégories se souderaient à d’autres catégories sur les bases d’un drame. L’objectif est de développer l’éducation à la tolérance et à la paix, en réponse au racisme, à l’antisémitisme ou à toutes formes de discrimination. Il est d’apporter des clés à la compréhension d’une histoire collective aussi tragique soit elle et de se prémunir contre toute forme de hiérarchisation des drames humains.
Ce travail de mémoire est complexe, j’appelle donc le Président de la République à ne pas discréditer les actions que les enseignants engagent avec un grand sens de leurs responsabilités. Là où, en son temps, le Président Chirac avait su trouver pour la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv les mots justes et universels, Nicolas Sarkozy préfère l’artifice et la polémique sur un sujet que sa fonction appelle nécessairement à plus de hauteur et de discernement.
Il est bien regrettable qu'après la lettre de Guy Moquet, il choisisse une nouvelle fois des solutions sensationnelles, émotionnelles et rate ses différents rendez-vous avec l'histoire.
19:35 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : shoah, sarkozy
23.09.2007
Nicolas Sarkozy et les questions sociales
Je dirais quelques mots plus tard de mon voyage en Allemagne et notamment des opportunités formidables qu'il a pu susciter dans notre réflexion sur le développement économique durable.
Pour l'instant, je voudrais revenir quelques instants sur le discours social de Nicolas Sarkozy, prononcé mardi dernier.
En commençant par un postulat : "notre organisation sociale produit aujourd’hui plus d’injustice que de justice", qu'il ne cherche pas à démontrer, comme tout postulat d'ailleurs, le Président de la République tente de nous faire croire que mettre à bas toutes les protections sociales relève du pragmatisme, et non d'un dogmatisme ultralibéral. La ficelle est un peu grosse... Elle participe en tout cas d'un discours politique très en vogue à la tête de l'Etat, qui voudrait faire croire que notre Pays est en déclin, ce qui permet de faire passer toutes les pilules au nom du nécessaire redressement(le discours de déclin est un mensonge, je vous invite à lire l'article suivant de John Evans & Jérôme Guillet sur le site Betapolitique : je n'en partage pas toutes les conclusions mais les données sont irréfutables).
Tout a été dit sur ce discours, sur le "développement de l’assurance individuelle contre le risque de dépendance" au lieu d'un dispositif public ou géré par les partenaires sociaux, les "modes de rupture négociée" du contrat de travail, comme si la négociation entre un employé et un employeur se faisait entre parties égales, sur l'indemnisation du chômage qui "s’interrompt quand le bénéficiaire refuse les offres valables" (tout est dans le valable !). En échange de tout le compromis social français, on nous promet vaguement une sécurité du travail sans aller bien plus loin dans les modalités : on sait ce qu'on casse, on ne sait pas ce qu'on construit.
Ce qui n'est pas apparu très fort dans la discussion autour de ce discours, c'est l'absence de cohérence politique sur la question des 35 heures. Dans la suite des réformettes des 5 années du quinquennat de Jacques Chirac (François Fillon ayant été le ministre en charge de la question), Nicolas Sarkozy choisit une fois de plus de ne pas s'attaquer frontalement à la question. Il prévoit une "négociation d’entreprise et de branche dans la détermination de la durée collective du travail" : là où les syndicats sont forts, il y aura maintien, là où il le sont moins on augmentera le temps de travail.
Or, la seule critique qu'on pouvait entendre sur les 35 heures, une fois balayée toutes les idées reçues sur la productivité, la valeur du travail, etc. c'est que tous les salariés n'y avaient pas droit, notamment dans les PME. La façon d'aborder le temps de travail va encore agrandir le gouffre entre les salariés qui sont protégés par un syndicalisme fort et les autres. Volonté d'opposer les salariés les uns contre les autres, ou manque de courage politique parce que les français plébiscitent les 35 heures ?
19:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, discours social
08.07.2007
L' "ouverture" est un plat de lentilles
Sans doute est-ce l'effet de 30 ans de combat politique en Vendée, mais je n'ai jamais pensé que la gauche et la droite étaient semblables. Nous nous accordons sur un socle de valeurs républicaines, la liberté, l'égalité, la fraternité (quoi que nous ne mettions pas toujours les mêmes choses derrière ces mots), nous pouvons nous retrouver sur des projets, tant localement que nationalement, nous pouvons même avoir des accords objectifs et passer des contrats sur des buts communs, mais nos convictions sont opposées sur de trop nombreux points pour que nous puissions nous fondre dans un seul et même ventre mou politique dont ne ressortirait à mon sens rien de bon. Le fantasme du bon gestionnaire indépendamment des convictions qui l'animent est un leurre absolu.
En l'espèce, la droite au pouvoir suite à l'élection de Nicolas Sarkozy est très à droite. Contrat de Travail Unique, paquet fiscal, suppression de la carte scolaire, il est difficile de se méprendre. Nul besoin même de remonter jusqu'à l'épisode du Kärcher pour savoir que le dialogue est très difficile. De plus, François Fillon, pendant la campagne, a attaqué la gauche avec des formules d'une violence inouïe. Le malentendu n'est pas possible sur leurs convictions.
Tout comme Jean-Pierre Raffarin présentait son ministre de l'éducation Luc Ferry comme une "prise à l'ennemi", Nicolas Sarkozy cherche aujourd'hui à débaucher des socialistes uniquement pour jeter le trouble dans le principal parti d'opposition à son gouvernement. Pour en avoir discuté directement avec des personnes qui ont été approchées, cela m'est apparu très vite comme évident. Les dernières déclarations du Président de la République dans le Journal du Dimanche, autour de Dominique Strauss-Kahn ou de Jack Lang en font apparaître la preuve éclatante. Loin de moi l'idée que Dominique Strauss-Kahn ne ferait pas un bon directeur général du FMI, ou que Jack Lang n'aurait rien à apporter sur le fonctionnement des institutions, lui qui est un éminent juriste, mais les raisons de la sollicitation inattendue de Nicolas Sarkozy les rendent difficilement admissibles pour un socialiste. Dans le cas du second au moins (pour DSK, les choses sont différentes, il s'agit d'une instance internationale et sa candidature ne peut pas être regardée uniquement à travers le prisme du soutien présidentiel. A ce propos, François Hollande a exprimé dans Libération les choses de façon claire), je ne comprendrais pas facilement qu'il accepte les propositions de Nicolas Sarkozy, qui ne sont qu'aventure individuelle.
Au nom de l'histoire de la gauche, de la conviction collective qui nous anime au service du progrès social, et en l'absence d'un cadre clair et défini de concert entre majorité et opposition, il ne me semble en effet pas possible de céder aux offres d' "ouverture" de la droite au pouvoir sans renier nos convictions. Les plus fragiles, les plus ambitieux peuvent en avoir envie, mais les gens qui incarnent ce que la gauche a produit de mieux depuis 1981 doivent mesurer le mal qu'ils font à leur famille en acceptant de nourrir la confusion générale de ce début de quinquennat.
Face à Sarkozy recherchant les socialistes prêts à céder au plat de lentilles de l' "ouverture", il faut savoir accepter le sort difficile de l'opposant : s'inscrire dans l'histoire collective et préparer l'alternance.
21:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, Sarkozy, Lang, DSK, ouverture, Parti Socialiste



